Je m’en rappelle comme si c’était hier, d’ailleurs je crois même que c’était hier… Moi, joyeuse et ingénue me moquant allégrement de mes copines larguées et de leurs puériles histoires de cœurs avec une désinvolture qui force le respect. Ca, c’était avant. Avant que je ne croise, par le plus grand des hasards et au sein d’un environnement plus qu’hostile, celui qui avait l’air d’un homme. L’Homme ours, protecteur, détaché, virile, solitaire, bourru mais d’une tendresse et d’une sensualité sans pareil. L’Homme, celui que la société avait oublié de pervertir, qui ne s’abaisse pas à faire de la réclame et à manger les boules d’autrui pour pouvoir acquérir un écran plasma. L’Homme libre, presque sauvage, celui que rien ne castre…pas même la lutte des classes.
Après observation, tous les signes me confirmaient le portrait que j’en avais dressé. En face de moi: un être rarissime, d’une grande force et pourtant d’une extrême fragilité. Les choses dures et robustes, bien qu’elles soient d’un charisme absolu, manquent bien souvent de souplesse. Il faut donc les manipuler avec la plus grande précaution sous peine de les perdre à jamais.
C’est à ce moment là, que j’ai rencontré la Moore, la Moore avait pour habitude de côtoyer mon Ego. Je les soupçonnais même d’entretenir une relation. Je remarquais d’ailleurs que bien souvent, mon Ego prenait largement le dessus sur la Moore, c’est pour cette raison que je n’avais jamais vraiment eu l’occasion de faire plus en ample connaissance avec elle. Mais ce matin là, je me suis réveillée et j’ai trouvé la Moore allongée sur le canapé du salon. Elle était décidée à faire du forcing à mon Ego qui lui, c'était enfermé dans sa chambre. Et pour couronner cette situation absurde, je me surprenais à penser toujours à la même chose, des références Lelouchiennes parasitaient mon esprit… L’aménagement de la Moore chez moi, le retrait de mon Ego, et mon obsession pour l’Homme. Autant de signes annonciateurs de ce que l’on appelle communément « être dans la merde ».
Oui mais voilà, comme pour alambiquer encore plus ce dramatique scénario…Je ne voyais plus l’Homme. Des jours, puis des semaines ce sont écoulées sans le croiser, je désespérais de le revoir (Quelle horreur, je frôle le Marc Levy là, nan ?) et en même temps j’avais espoir que cela remette tout en ordre. J’aurais pu l’oublier, reprendre mes esprits, évincer la Moore de mon appartement et appeler les pompiers pour qu’ils délogent mon Ego de sa chambre. Au lieu de ça, je me suis procurer son numéro…
Troublée, angoissée, septique, la langue balafrée et le front humide, je me suis décidé à franchir le pas. Je ruminais sans cesse cette stupide phrase que l’on répète sans relâche lorsqu'on compte faire un truc terriblement con :
« De toute façon j’ai rien à perdre »
J’avais préalablement passé des jours à m’imaginer la discussion que l’on aurait, comment il réagirait, peut être que sa copine répondrais ou son copain qui sait… Et non, c’était bien lui. Moi, la voix tremblante, le cœur haletant, consciente du gouffre qu’il y avait entre nos états respectifs. Lui, calme, serein, gentil mais fidèle à l’image indompté que je m’en été faite. Alors, c’est quasiment sure, on se reverra...
Chez moi, La Moore se faisait de plus en plus envahissante. Et mon Ego plus têtu que jamais. La Moore voulait une entente cordiale, mais mon Ego n’était pas prêt. Pas assez fort, pas assez construit pour l’affronter. Il se sentait comme un petit égo de lait, en plein doute de lui-même. Il avait besoin d’observer, qu’on lui laisse le temps, il pouvait pas prouver grand-chose et de toute façon il en avait pas envie. Il faisait le fier devant ce qu’il connaissait, mais là, la Moore était devenue vraiment trop bizarre pour lui.
Quand je me suis retrouvée face à l’Homme, seule, j’étais aussi lucide qu’un timbre de LSD… Lui était étrangement cooool, et moi incroyablement chelou. Je ne lui avais jamais vraiment parlé, je ne savais pas qui il était. Mais nom de nom pourquoi avais-je l’aire d’avoir la maladie de parkinson quand je le regardais dans les yeux ?
L’Homme voulait comprendre : « Pourquoi m’avoir appelé ? » Mais parce que tu es l’Homme, que tu m’obsède, et j’ai l’impression que mes phéromones t’aiment bien, alors soyons un couple joyeux et copulons nuit et jour pour fêter ça. Réponse aussi chelou que mon état, soit, mais c’est exactement ce que je pensais. Donc théoriquement, c’est ce que j’aurais due répondre. Mais impossible, une seule phrase sortait : « Heuuuu (tremblement parkinsoniens) Je ne sais pas, (tremblement parkinsoniens) tu m’intrigues (double tremblement parkinsoniens) ». Comme il est malheureux de voir votre propre corps se détourner de vous…
L'Homme m'aimait bien, il me parlait, je lui parlais, on se parlait. C'était intéressant, il était intéressant, j'étais intéressante, on était intéressant...L'Homme s'ennuyait avec moi, et moi aussi je m'ennuyais avec moi quand j'étais avec lui. Pourtant rien ne me semblait plus agréable que de tripoter ses cheveux... Les cheveux de l'Homme ne m'ennuyaient pas. Lui, ne m'ennuyait pas. Ce qui m'embêtait, c'était le bruit autour et la Moore qui squattait mon appartement, elle vidait mon frigo, éteignait ses cigarettes dans mes sublimes moules à muffins et écoutait des compiles de Francis Lalane en boucle. Ce qui m'inquiétait, c'était que l'Homme découvre ce chaos. Qu'il sache à quel point la Moore avait envahie ma vie et fait peur à mon Ego...
Je voyais très peu l'Homme. C'est peut être parce qu'il ne voulait pas être un couple. Ou peut être parce qu'il ne voulait pas me voir. Ou peut être parce qu'il était occupé à être tout seul. Ca prend du temps d'être tout seul, de s'introspecter, de se poser pleins de questions, d'essayer de trouver des solutions à des problèmes. L'Homme était en chantier, le terrain était bon, les plans avaient l'aire sympa mais l'Homme angoissait. Moi j'attendais, assise dans un coin. Au fond de moi, je savais qu'il n'aimait pas me voir là. Je pouvais pas vraiment l'aider, je suis pas charpentier, et tenir une scie sauteuse en tremblotant c'était franchement pas une bonne idée...
A la maison, la Moore était devenue insupportable. J'essayais de l'ignorer mais elle ne s'arrêtait jamais, ne dormait jamais, était tout le temps là, à se faire remarquer et à harceler mon pauvre Ego qui n'avait rien demandé. La Moore était incontrôlable, je comprenait pas pourquoi elle insistait à ce point, elle n'était pas à sa place. Et pourtant, j'avais l'inquiétant sentiment qu'elle déteignait sur moi...
Je voulais voir l'Homme. Tout le temps, tout les jours, je voulais lui parler. Je me répétais les phrases sans cesse et une fois devant lui...Je l'écoutait attentivement. L'Homme avait des amis de 500 francs, moi j'avais l'impression que la valeurs des miens fluctuait constamment. L'Homme ne me trouvais pas bouleversante. Cela dit c'est juste, c'est plutôt moi qui me faisais bouleversée. Alors, je restais là, assise à attendre. Puis quand je ne savais plus ce que j'attendais, je voulais lui parler. Mais l'Homme n'avais pas le temps, alors je continuais à attendre... Quand je m'impatientais, l'Homme me rappelais gentiment que j'étais bien moins importante que son chantier.
Puis un soir, l'Homme est entré chez moi. La Moore le suivait au pas. J'avais honte, je lui disais de ne pas y penser, de faire comme si elle n'était pas là. Mais lorsque la Moore lui a sautée dessus pour lui mordiller le lobe des oreilles, l'Homme prit peur. Il m'a expliqué qu'il valais mieux ne plus se voir chez moi, et m'a avoué qu'il ne supportait plus ma présence au chantier.
L'Homme ne voulais pas être un couple, c'est pour ça qu'il voulait être mon ami. Mais l'amitié ne se décrète pas et je ne suis pas sure de valoir 500 francs. C'était de ma faute, je n'aurais pas due l'appeler, pas due aller l'embêter dans son chantier, pas due l'inviter chez moi. Alors j'étais muette, tremblante et triste, sans vraiment savoir pourquoi, mais visiblement je ne devais en vouloir qu'à moi même.
La Moore était encore et toujours chez moi, encrée sur mon canapé, mon Ego ne donnait plus le moindre signe de vie, mais plus rien n'avait vraiment d'importance. J'étais seule, je l'avais déjà été avant, mais Dieu sait pourquoi cette fois ci, je l'étais bien plus. Je me répétais sans arrêt les phrases de l'Homme, il m'expliquait qu'il avait essayé mais qu'il ne se passait rien. Qu'il avait rencontré La Fille une fois, et qu'ils échangeaient des choses ensemble. Moi aussi je voulais bien échanger des choses avec l'Homme, mais il n'avait pas le temps. Ou peut être que j'échangeais pas les bonnes choses...
Finalement, l'Homme devait savoir depuis le début. Peut être qu'il voulais que je lui parle politique, ou philo, ou peut être qu'il voulais que je l'encourage, que je l'ignore, que je sois plus grande, ou plus jolie. Je ne sais pas. Moi, je ne savais que lui tripoter les cheveux et l'écouter. Peut être qu'il n'aimait pas ça. Je ne sais pas. J'en ai vraiment aucune idée. J'aurais bien aimé savoir. Je l'avais invité chez moi, j'étais contente qu'il vienne mais peut être que j'aurais due attendre...
Je ne peux pas m'empêcher de lui en vouloir. Et même si dans le fond je sais qu'il n'y a pas de raison, je me sens trahie. Maintenant je me retrouve toute seule avec la Moore. Peut être que je ne reverrais jamais l'Homme. Peut être qu'il me déteste, ou peut être qu'il a pas le temps...
Et bien que l'Homme ne soit qu'un homme, et que je n'ai été qu'une erreur pour lui. Cette histoire m'a bien coûtée mes moules à muffins et une profonde blessure de scie sauteuse. Alors oui, j'aime me la raconter, et me la reraconter et me la rereraconter pour ne pas l'oublier.
J'aimais bien être assise dans son chantier, j'aurais voulu voir ce que ça donnerais, être là pour l'inauguration, lui tenir ses petits ciseaux sur un cousiné en velours rouge et blablabla. Mais la Femme le fera pour moi et cette blessure de scie sauteuse n'aura servit à rien...
Alors aujourd'hui je suis trop dégoûtée. C'est comme si on m'avait fait goûter le meilleure gâteau du monde et qu'on avait tuer le pâtissier. Ou c'est peut être moi qui l'ai tué sans faire exprès...Je sais pas mais en tout cas je suis trop dégoûtée !
Cette article est dénué de chute, sait-on jamais s'il me prenait l'envie de rerereraconter cette histoire...
Et je suis trop dégoûtée...JE SUIS TROP DEGOUTEE !
